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Aux lendemains de l'Election, dans un Paris de futur proche, le régime nouvellement en place a instauré un arbitraire autoritaire latent et insidieux.
C'est dans ce contexte que le coeur d'Emile, jeune militante auprès des plus démunis, s'arrête de battre un instant.
La narratrice, son amie, sa presque soeur, la visite chaque jour, guettant la température de son corps plongé dans le coma, et qui, en deça de 33 degrés, sera condamné.
Elle entreprend alors de lui faire le conte de ses jours non vécus, qui voient soudain surgir la figure de la "petite fille au bout du chemin". Personnage fantasque et décalé, dont la folie les entrainera bien loin de cette chambre d'hôpital.
Telles une bouffée d'oxygène, les théories délirantes de la Petite sonnent soudain si vrai dans le monde de ces deux amies, unies par le silence d'une violence indicible qui les emmure.

Lola Lafon avait présenté ce texte lors de l'inauguration de la Librairie Les Beaux Jours, dans une lecture chantée, qui donnait toute sa dimension subversive.
fidèle aux thématiques de la féminité, de la liberté, elle creuse profond dans l'âme humaine, jusqu'au vertige de la folie, dans la béance des plaies ouvertes, pour en extirper la substantifique moelle de vie.
Plutôt que de faire un long discours, je me permets de reporter la dédicace de l'auteur à mon amie libraire, Hélène, qui m'a gentiment prêté son livre :

"On ne nait pas toujours vivante, mais on le devient"

Cette lecture m'a parue tour à tour envoutante, âpre, dérangeante. Emballée par la première partie, le lien entre Emile et la narratrice, leur histoire forte et dure, j'ai été déroutée par l'irruption de l'univers de la "petite fille". Il m'a fallu un temps d'apprivoisement pour faire le chemin vers elle, et finalement, embrasser sa poésie et son acuité douloureuse.
C'est un texte brut, comme on dit de l'Art brut, à vif, fait de chair, de larmes et de morve. Un texte rebel et Libre.