9782330035952

Inconditionnelle de l'auteur (L'Elégance des veuves, La Conversation amoureuse, Dans la guerre, Les Autres), j'avais un peu décroché sur son dernier titre.
Je retrouve avec un immense plaisir son écriture, pour un thème qui me touche beaucoup (qui devrait toucher tout humain, d'ailleurs...).

Dans cette fiction, Alice Ferney prend la voix d'un journaliste parti suivre le combat écologique de Magnus Wallace. Dans cette figure, on ne peut que retrouver un double romanesque de Paul Watson, célèbre fondateur de la Sea Sheperd Conservation Society, recherché par Interpol pour ses actions musclées à l'encontre des baleiniers japonais péchant illégalement en zones protégées.

Si l'auteur nomme Gaïa l'association fondée par Wallace, en dissidence d'une fondation plus "institutionnelle" et modérée, on retrouve dans les descriptions des scènes d'interposition entre braconneurs et baleines, les images des documentaires de Sea Sheperd. Même détermination, même vertige dans le déséquilibre des forces entre frèles zodiacs et immenses bâteaux-usines, même dégoût face à la prédation de l'homme pillant les ressources marines, mêmes controverses sur les modes opératoires du militant.

Face au désastre écologique, l'écriture d'Alice Ferney sublime la majesté des mammifères marins, créatures titanesques et délicates, qui dessinent leur ballet de mouvements subtiles et empathiques.
Ce livre est un chant d'amour tragique à notre Règne du vivant, qu'une seule espèce, la notre, est en train de condamner sur l'autel du profit, dans un geste aussi suicidaire que cruel et cynique.

"L'immémorial pullulement de la planète se raréfie (...).
Je ne veux tout simplement pas d'un monde sans baleines. Elles sont les chimères sublimes de notre monde. Elles sont l'imaginaire à portée d'observation. Il faut les admirer ! Il faut en faire notre legs. Je veux que mes petits-enfants connaissent ces animaux magnifiques et bienveillants, qui continuent de respecter les hommes après des décennies de tuerie. Le mystère de cette mansuétude me touche. Je refuse que par la faute de quelques brutes, aidées par la multitude des ignorants, les mers soient dépouillées de cette faune."

 

ici : une vidéo d'une autre association de défense

Le chant des baleines