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07 décembre 2014

mise entre parenthèses

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Je mesure combien j'espace mes publications sur ce blog.
Parce que je ne lis plus au même rythme, parce que je n'ai pas l'énergie ni le temps de rédiger sur chaque lecture....
D'autres réseaux virtuels prennent aussi le pas, dévorent encore un peu plus les moments de calme où je pourrais justement lire....

J'interromps donc mes billets jusqu'à un changement d'avis éventuel.
Pour mes proches, je publierai sur mon compte FB mes coups de coeur littéraires.
Je suis désolée pour les inconnus qui avaient la délicatesse de me visiter. Je suis certaine que d'autres sites plus dynamiques sauront vous rassasier :)

Merci à tous de vos visites, de nos échanges, de nos rencontres y compris réelles, je pense à toi Véro.

La vie n'est pas que dans cette toile virtuelle, elle est avant tout là, à portée de main, et je tiens à en profiter à sa juste valeur.

Bonnes lectures à tous !

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26 octobre 2014

Le Règne du vivant, de Alice Ferney.

9782330035952

Inconditionnelle de l'auteur (L'Elégance des veuves, La Conversation amoureuse, Dans la guerre, Les Autres), j'avais un peu décroché sur son dernier titre.
Je retrouve avec un immense plaisir son écriture, pour un thème qui me touche beaucoup (qui devrait toucher tout humain, d'ailleurs...).

Dans cette fiction, Alice Ferney prend la voix d'un journaliste parti suivre le combat écologique de Magnus Wallace. Dans cette figure, on ne peut que retrouver un double romanesque de Paul Watson, célèbre fondateur de la Sea Sheperd Conservation Society, recherché par Interpol pour ses actions musclées à l'encontre des baleiniers japonais péchant illégalement en zones protégées.

Si l'auteur nomme Gaïa l'association fondée par Wallace, en dissidence d'une fondation plus "institutionnelle" et modérée, on retrouve dans les descriptions des scènes d'interposition entre braconneurs et baleines, les images des documentaires de Sea Sheperd. Même détermination, même vertige dans le déséquilibre des forces entre frèles zodiacs et immenses bâteaux-usines, même dégoût face à la prédation de l'homme pillant les ressources marines, mêmes controverses sur les modes opératoires du militant.

Face au désastre écologique, l'écriture d'Alice Ferney sublime la majesté des mammifères marins, créatures titanesques et délicates, qui dessinent leur ballet de mouvements subtiles et empathiques.
Ce livre est un chant d'amour tragique à notre Règne du vivant, qu'une seule espèce, la notre, est en train de condamner sur l'autel du profit, dans un geste aussi suicidaire que cruel et cynique.

"L'immémorial pullulement de la planète se raréfie (...).
Je ne veux tout simplement pas d'un monde sans baleines. Elles sont les chimères sublimes de notre monde. Elles sont l'imaginaire à portée d'observation. Il faut les admirer ! Il faut en faire notre legs. Je veux que mes petits-enfants connaissent ces animaux magnifiques et bienveillants, qui continuent de respecter les hommes après des décennies de tuerie. Le mystère de cette mansuétude me touche. Je refuse que par la faute de quelques brutes, aidées par la multitude des ignorants, les mers soient dépouillées de cette faune."

 

ici : une vidéo d'une autre association de défense

Le chant des baleines

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08 septembre 2014

Le Chagrin du Roi mort, de Jean-Claude Mourlevat

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J'ai un faible pour cet auteur, répertorié en jeunesse, mais qui propose une littérature d'une telle profondeur, et d'un style si aboutit qu'il fait oublier ces catégories un peu réductrices.
J'avais chroniqué ici Le Combat d'Hiver, puis oublié de vous parler de Terrienne, que j'avais tout autant dévoré.Je ne veux pas passer à coté cette fois !

Retour dans le grand froid ici avec un conte initiatique et politique, qui résonne étrangement dans notre actualité mondiale douloureuse.

Au royaume de Petite Terre, deux frères viennent se recueillir sur la dépouille de leur roi mort. L'un d'eux, Alecks, engourdi de froid par la longue attente devant le lit mortuaire, rêve éveillé. Dans un étrange songe, le gamin reçoit le mystérieux message de son souverain, annonciateur des troubles à venir.

En effet, peu après la mort du roi, le frère d'Alecks est brutalement enlevé à sa famille.
Le désespoir de cette perte est bientôt accrû par la guerre qui menace.
Le sinistre Guérolf, neveu exilé du roi défunt, fomente une vengeance odieuse et sanguinaire.

Récit de guerre et de résistance, de fraternité et de trahison, ce très beau texte, rythmé et haletant, est traversé par la poésie de l'écriture de Mourlevat. Les descriptions des grands espaces froids de ce royaume imaginaire sont somptueuses. Elles nous impreignent comme des photos de Vincent Munier.

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06 août 2014

Profanes, de Jeanne Benameur

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ATTENTION ! GROS COUP DE COEUR

Subtile Jeanne Benameur, qui tisse à chacun de ses textes, un réseau de liens ténus, pour une ode vibrante à l'Humanité.
Profanes est l'histoire d'une rencontre échaffaudée par Octave Lassalle. Vénérable Monsieur de 90 ans, cet ancien chirurgien cardiaque réunit trois femmes et un homme, pour construire autour de lui, un rempart, non pour se protéger de la vieillesse, mais pour continuer à vivre.

Quatre individus, quatre singularités, comme quatre points cardinaux, qui tous ont en commun avec lui le territoire du doute existentiel.
Païens, profanes, affranchis de toute croyance, ils se côtoient, se croisent, se frôlent dans la grande maison du vieil homme, au coeur du jardin foisonnant.
L'écriture sensuelle de Jeanne Benameur raconte les corps, les mouvements, les odeurs, sonde les coeurs et les âmes, avec toujours l'amour de l'Homme, dans toutes ses fêlures, au creux de ses mots sublimes.

Un livre que l'on ferme avec le regret de l'avoir fini. Si vous ne l'avez pas lu, vous ne connaissez pas votre chance de pouvoir le découvrir.

"Toutes les années de solitude l'ont laissé sur la route blanche et ils ne sont pas trop de quatre pour avancer avec lui. Il pense à l'étymologie du mot profane : celui qui est devant le temple. Il est ce profane. Ils sont ces profanes. Au coeur de chacune de leurs vies, le temple. Vif. Le seul sacré qu'il connaisse. Cette vie qui vibre et échappe à chaque pas. C'est à ça et seulement à ça qu'il s'est voué toute son existence. Aujourd'hui il a besoin qu'on l'aide à tenir ce cap-là."

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20 juillet 2014

La Saison de l'Ombre, de Léonora Miano

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Voici un texte puissant, qui donne à entendre l'histoire de la traite négrière par la voix singulière de ceux qui sont restés.

Ces femmes, à qui l'on a arraché les fils, les maris.
Ces villageois décimés par des voisins, qui jusque là entretenaient des relations commerciales cordiales, soudain animés d'obscurs desseins.
Ces captifs abassourdis, accablés face au destin inintelligible qui les attend.

D'origine Camerounaise, Leonora Miano manie une langue riche et imagée, nous plongeant au coeur de l'Afrique Subsaharienne, au rythme des rites et des croyances, ponctuant son écriture de termes doualas pour mieux décentrer le lecteur, l'immerger dans le grande stupeur vécue par des personnages vibrants.

"Dans cette solitude choisie, le femme invente une mystique de la mémoire où le sentiment est un acte, quelque chose de plus puissant qu'une force créée par la nature. Ce qui existe naturellement ne devient bon ou mauvais qu'au contact d'une volonté. Il n'y a que de rares exceptions à cette règle. Or, ce qui est en elle à présent, c'est précisément de vouloir, comme cela ne lui était jamais arrivé. (...)
C'est d'être nommé qui fait exister ce qui vit. En énonçant le nom de son fils aîné, elle le ramène chez lui, y consolide sa présence. C'est ce que devraient faire toutes les mères, toutes celles dont on attend les fils...."

"Sa nuit est agitée. Elle s'y débat comme un insecte pris dans une toile d'araignée. Bien des épreuves sont encore à venir, elle le sait. Si sa présence est découverte, on lui rasera peut-être le crâne. On lui passera le métal à la cheville. Elle saura alors ce qui retient les captifs en ce lieu. Ce qui les empêche de s'élancer sur les chemins, n'importe lesquels, pourvu qu'ils reprennent possession d'eux même. La rumeur de l'eau se mêle aux interrogations. Des cris venus de la bâtisse rocheuse s'y associent. Le repos d'Eyabe n'est qu'un long tremblement."

Un roman poignant, qui bouleverse, remue, passionne. De quoi donner envie de découvrir d'autres titres de cet auteur, qui explique en post face, avoir été inspirée par une enquête sur "La mémoire de la capture" réalisée par Lucie-Mami Noor Nkaké, pour le compte de l'UNESCO. A la lecture de ce rapport de mission, elle dit y avoir "trouvé la confirmation de très anciennes intuitions, qui devenues obsessionnelles, irriguent (sa) proposition littéraire".
Le site de Leonora Miano est accessible ici pour explorer son univers.

 

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14 juin 2014

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, de Lola Lafon

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Aux lendemains de l'Election, dans un Paris de futur proche, le régime nouvellement en place a instauré un arbitraire autoritaire latent et insidieux.
C'est dans ce contexte que le coeur d'Emile, jeune militante auprès des plus démunis, s'arrête de battre un instant.
La narratrice, son amie, sa presque soeur, la visite chaque jour, guettant la température de son corps plongé dans le coma, et qui, en deça de 33 degrés, sera condamné.
Elle entreprend alors de lui faire le conte de ses jours non vécus, qui voient soudain surgir la figure de la "petite fille au bout du chemin". Personnage fantasque et décalé, dont la folie les entrainera bien loin de cette chambre d'hôpital.
Telles une bouffée d'oxygène, les théories délirantes de la Petite sonnent soudain si vrai dans le monde de ces deux amies, unies par le silence d'une violence indicible qui les emmure.

Lola Lafon avait présenté ce texte lors de l'inauguration de la Librairie Les Beaux Jours, dans une lecture chantée, qui donnait toute sa dimension subversive.
fidèle aux thématiques de la féminité, de la liberté, elle creuse profond dans l'âme humaine, jusqu'au vertige de la folie, dans la béance des plaies ouvertes, pour en extirper la substantifique moelle de vie.
Plutôt que de faire un long discours, je me permets de reporter la dédicace de l'auteur à mon amie libraire, Hélène, qui m'a gentiment prêté son livre :

"On ne nait pas toujours vivante, mais on le devient"

Cette lecture m'a parue tour à tour envoutante, âpre, dérangeante. Emballée par la première partie, le lien entre Emile et la narratrice, leur histoire forte et dure, j'ai été déroutée par l'irruption de l'univers de la "petite fille". Il m'a fallu un temps d'apprivoisement pour faire le chemin vers elle, et finalement, embrasser sa poésie et son acuité douloureuse.
C'est un texte brut, comme on dit de l'Art brut, à vif, fait de chair, de larmes et de morve. Un texte rebel et Libre.

 

 

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26 mai 2014

Matin Brun, de Franck Pavloff

Il y a urgence à lire, relire, faire lire ce très court récit, aussi accessible qu'efficace.
Au prix modique de 1 euro dans toutes les bonnes librairies (et même les moins bonnes).

MATIN BRUN

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25 mai 2014

Une part de ciel, de Claudie Gallay

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A l'occasion des fêtes de fin d'année, Carole retourne dans son village d'enfance, oublié dans une vallée des Alpes peu touristique. Elle y rejoint son frère et sa soeur, qui, comme elle, attendent le retour imprécis de leur père, personnage insaisissable, qui les a convoqués, comme un pretexte aux retrouvailles fraternelles.

Récemment séparée du père de ses filles, elles-même parties pour l'Australie, Carole aborde un nouvel horizon de vie.
Tous les ingrédients sont réunis dans ce huis clos ouaté, assourdi par la neige et les non dits, pour renouer avec des souvenirs douloureux, des regrets et des remords.

De son style toujours très intimiste, Claudie Gallay mène son roman sur un rythme lent, tout en doigté nuancé. Récurrence des images, ponctuant les jours qui se répètent, elle conduit le lecteur vers son dénouement inéluctable. Cependant, à trop étirer la lecture, elle s'en est peut-être un peu diluée. Un titre qui ne restera pas dans mes préférés de l'auteur, au contraire des Déferlantes, ou de L'amour est une île.

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22 avril 2014

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

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Magnifique prix Goncourt !
On sent dans la plume de Pierre Lemaitre sa maitrise de l'intrigue. Issu du polar, il propose dans ce bon gros roman, une épopée haletante dans l'après première guerre mondiale, bien en phase avec les commémorations du centenaire de cette boucherie.

Que les allergiques aux romans historiques se rassurent, et restent jusqu'au bout.
Car c'est une vision particulièrement décalée et grinçante qu'il propose. Mettant en scène tout le cynisme des puissants, toute l'inventivité des survivants, ce récit attaque de front un pan d'histoire sous ses aspects les moins glorieux.

Aux cotés de ses hommages éplorés à ses enfants morts au combat, la France d'après guerre réserve une démobilisation pitoyable à ses estropiés. Chair à canon pendant les offensives, menu fretin au lendemain de la guerre, les poilus survivants vivent un retour désenchanté.
Deux d'entre eux, rescapés des toutes dernières attaques de novembre 18, vont enchainer les débrouilles pour tenter de survivre à la paix revenue, jusqu'à monter une escroquerie monumentale. Alors que certains puissants s'enrichissent impunément, la question de la morale est alors posée sous un angle dérangeant.... et jubilatoire.

Les personnages sont campés avec vivacité, humanité. Le récit se déroule sous nos yeux, avec la dynamique d'un film qui prend aux tripes, tant le suspens fait partie de l'art de cet auteur.

Une vraie réussite !

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13 avril 2014

La Petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

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Lola Lafon est revenue à la Librairie les Beaux Jours, qu'elle avait magnifiquement inauguré en décembre 2011, pour présenter son nouveau roman.

Occasion de lire ce portrait singulier de Nadia Comaneci, incroyable gymnaste qui a subjugué nos regards d'enfants.
S'appuyant sur des échanges fictifs entre la narratrice et Nadia C., Lola Lafon propose un registre qui va bien au delà de la simple biographie.

Son récit est justement tout sauf simple, tout sauf simpliste.

L'histoire de Nadia C. vient interroger la liberté. Celle des pays de l'Est avant la chute du mur et la disparition du rideau de fer. Celle de nos pensées occidentales, conditionnées par la culture de consommation.
Celle des corps, aussi, surtout.
Car la thématique du corps féminin, chère à Lola Lafon, est omniprésente dans ce roman.
Ce texte vient percuter la question de l'instrumentalisation des corps de ces petites filles, forgés avec brutalité par l'entraineur, mais aussi le machisme du regard journalistique, fantasmant sur la magie de cette petite androgyne, avant de vomir sur sa puberté, transformant l'elfe en femme.

"c'était un lutin vierge qui, d'un adorable geste de la main à la fin de ses exercices, nous faisait frissonner (...). La vierge vestale des olympiades est devenue une trainée des tabloids avec le désir de liberté comme explication".

Lola Lafon nous offre un texte chaotique et crû, au rythme des récits contradictoires, illustrant la Fable, construite par la dictature de Ceausescu, mais aussi tous ces faux semblants de notre culture occidentale, et tous nos mythes personnels, érigés pour nous permettre de vivre, d'avancer, libres, malgré tout.

Ecouter l'auteur, roumaine et arrivée en France à son adolescence, a permis d'entrer dans ce texte avec profondeur, complexité, densité, à la rencontre de sa "fée combattante".
http://www.popscreen.com/v/7oqlj/Nadia-Comaneci-Montreal-76

Merci à elle, merci à La Librairie Les Beaux Jours de nous permettre de si belles rencontres.

 

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